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Zénith

En quoi consiste l’existence sinon à trouver sa place au soleil? 

Se protéger ou au contraire chercher à s’exposer aux rayons du soleil est une préoccupation universelle du règne végétal et animal, des plantes dont la croissance est guidée par le soleil aux mammifères se mettant à l’ombre lors des fortes chaleurs.

Trouver sa place au soleil est un instinct tout aussi essentiel que de boire ou manger. Sous quel arbre ou dans quel espace avec air conditionné vais-je me protéger? Par quelle crevasse ou baie vitrée pourrais-je guetter sa position? Voici quelques questions, souvent triviales et inconscientes, que tout être humain se pose chaque matin.

Mon intérêt pour la question vient probablement de ma petite enfance et de mon allergie au soleil. Mes crises d’eczéma rendaient toute excursion impossible. Ce qui allait de soi pour les autres enfants – jouer dans le jardin ou se baigner à la plage – était pour moi cause de souffrances. Je détestais le soleil; et il me fallut des années pour finalement apprécier la sensation de ses rayons sur ma peau. 

A son zénith, l’emprise du soleil est telle sur nos esprits qu’elle nous permet à peine de réfléchir. On y est comme assommé sous le coup d’un soleil de plomb.

C’est un moment de la journée qu’on ne peut apprécier en extérieur qu’à condition de se laisser aller et se laisser bercer par les ombres tranchantes et trépidantes de la végétation.  La raison humaine à besoin de se protéger. Elle a besoin de cavernes et d’espaces clos. La pénombre refroidit notre corps et notre esprit, et rend supportable la surabondance des excitations visuelles.  

Se protéger du soleil est un comportement qui s’acquiert durant l’enfance par essai-erreur. Toute tentative de s’exposer à son zénith se traduit par des cris et des pleurs, comme si le trop plein d’énergie devait s’évacuer. 

L’enfant apprend avec les années à préserver l’énergie que le soleil lui procure le matin, et à s’en protéger quand celle-ci devient abrutissante l’après-midi.

L’enfant devenu adulte connaîtra toujours des ratés: des épisodes entre somnolence et hyperactivité, des moments de tension sensuelle, érotique et sans idées claires. Sous les lunettes de soleil, des regards plombés par la lumière tranchante du soleil y cherchent encore à évacuer un trop plein d’énergie.